Bonjour Michelle, quel est ton parcours ?   

J’ai arrêté mes études à l’âge de 16 ou 17 ans et j’ai ensuite enchaîné plusieurs écoles et autres cours privés. A 16 ans,  j’étais persuadée que « la vie était ailleurs » qu’au sein d’une classe et que j’avais bien plus de choses à apprendre hors des murs de celle-ci que j’ai donc quittée.

Très vite je me suis aperçue que les choses n’allaient peut être pas être aussi évidentes depuis mon petit monde pour rentrer dans « le grand », et puis quelques mois plus tard, après avoir bien flippé en passant de petit job en petit job, je suis tombée par hasard sur une école privée de maquillage professionnel dirigé vers l’artistique (théâtre, opéra, cinéma..).

C’est plus pour me sortir de l’impasse dans laquelle je croyais m’être mise que j’ai supplié ce maquilleur qui avait ouvert une école privée de m’accueillir que par réel intérêt pour le maquillage en lui même. Cet homme était une véritable bible en matière d’histoire de l’art et je dois avouer qu’à l’époque c’est ce qui m’a accrochée avant tout, nous allions retracer toute l’histoire de l’art en passant par les tableaux pour le rendre au maquillage. Les petits jobs avaient fait leur part du boulot en réunissant la somme exorbitante nécessaire à payer les cours.

Et le réseau ?

Alors que j’étais encore au cours, j’ai été trainé du côté des écoles de cinéma et de rencontre en rencontre (hors des murs de mon école et hors des stages que l’école me proposait) j’ai croisé des gens.

A chaque fois j’ai fait un petit bout de route avec eux – le temps de leur film j’avais souvent rencontré d’autres amis à eux qui faisaient aussi leurs films et c’est comme ça, assez naturellement à vrai dire, que je suis rentrée dans le circuit qui est devenu progressivement plus  professionnel que scolaire et que mon nom à commencer à circuler, d’abord dans le milieu du court-métrage, puis du téléfilm et enfin du long métrage.

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Ton parcours était tout tracé ?

Ça s’est passé tellement facilement et naturellement pour moi qu’à 23 ans j’ai remis en question la voie que j’avais choisie et qui me semblait avoir été somme toute très et peut-être trop simple et joyeuse puisque je me suis fait dans ces années là la majorité de mes amis.

Me disant que je ne l’avais pas réellement choisie cette route, je me suis remise à des études de théâtre dans le privé. J’ai étudié longtemps et ai réellement été passionnée par ces études, sans pour autant jamais vraiment lâcher le maquillage sur les plateaux parce qu’il m’aidait à gagner de quoi payer ces études et mon loyer. Une fois sortie de l’école par laquelle j’ai décroché un agent, j’ai commencé les castings et le « jeu » m’est apparu beaucoup moins drôle.

Il m’est apparu évident qu’autant j’adorais étudier les textes de grands auteurs et tenter d’en comprendre le sens autant j’adorais rêver et vivre avec mes personnages dans ma petite vie intime autant je détestais être sous les feux des regards et subir les enjeux amenés par le processus de « décrochage » d’un rôle, c’était carrément à l’inverse de ma personnalité…

C’est donc seulement à 28 ans après 10 ans que j’ai été chef maquilleuse à temps plein sur un film.

C’est à ce moment aussi que je me suis aperçue à quel point ce métier pouvait être passionnant, à quel point il me correspondait et alliait énormément de choses qui me parlaient intimement.

Je retrouvais ma curiosité à rentrer dans un monde à chaque fois différent, à m’imaginer les rôles et ce par quoi ils passaient, à rencontrer les gens qui les avaient  inventés et à tenter d’allier leurs personnages aux physiques des acteurs qui allaient les interpréter.

A partir du moment où j’ai aimé faire ce que je faisais sans plus me poser de questions, les propositions ne se sont plus arrêtées et voilà maintenant plus de 10 ans que j’enchaîne un film après l’autre. Je m’aperçois par moment que même ce petit détour par la case théâtre, études, et petit casting n’a pas été vain. Observer les acteurs devoir libérer des émotions en quelques secondes et les reproduire prise après prise, les voir laisser échapper des choses très intimes d’eux même, élaborer un personnage, lui donner un rythme et le tenir sur la longueur,  apprendre et maîtriser une discipline en quelques mois et qu’elle semble acquise…tout cela demande une concentration et une « rigueur » particulière que je ne me lasse pas d’apprécier. Sans du tout prétendre être passée par là, j’ai pu mesurer dans ces quelques années d’études, à quel point cela demande du travail, de la rigueur, du talent, et pas juste un joli minois ou une bonne gueule. Autant je ne suis pas impressionnée par le nom de quelqu’un autant ce qu’il ou elle a accompli dans d’autres film ou accomplira devant nous sur le plateau m’a toujours rendue admirative et extrêmement respectueuse. Le jeu est un des arts lorsqu’il est assumé dont je me lasse pas et qui continuera à m’émouvoir quoiqu’il arrive. C’est certainement aussi la raison pour laquelle j’ai autant de respect, et d’estime pour ce métier et pourquoi j’essaie, à ma petite mesure et à ma manière de le rendre plus confortable en rapprochant le physique de l’acteur de ce vers quoi il veut tendre.

Tu es indépendante dans ton travail un peu comme une chef d’entreprise ?

Oui, bien sûr, la démarche pour trouver du taf se rapproche très fort des indépendants dans le sens où personne ne t’attend pour te donner du travail et que c’est à toi de développer le réseau de gens qui seraient susceptibles de t’engager.

Fort heureusement par contre, je ne subis pas l’inconvénient de toutes les charges économiques, de comptabilité et administratives qui incombent aux indépendants.

En ce qui concerne le fait de décrocher les tournages (pour lesquels nous sommes souvent nombreux à être « formés et adéquats ») on passe d’ailleurs de plus en plus de castings pour faire un film, les prod contactent parfois plusieurs chef maquilleurs pour le même film puis comparent les CV mais aussi les rencontres, les feelings et ce que tu partageras de ta vision du taf que tu peux apporter sur celui-ci.

Il s’agit donc je pense peut-être de la même capacité à savoir ce que tu veux, vers où, vers qui ou vers quel cinéma tu veux aller, et puis y aller (rire)

Pour répondre au fait que ce serait comme être chef d’entreprise, je ne connais pas réellement ce que ce métier demande et il me semble plus contraignant et flippant que l’endroit où je me situe.

J’ai évidemment un plan de tournage à gérer avec des assistants à prévoir, un budget à définir , des devis à faire par rapport à ce qu’il y a à accomplir et des corps de métiers différent à engager pour pouvoir réaliser en temps et en heures tout ce qu’on s’est imaginé en amont avec les réalisateurs ou les acteurs, mais même s’il y a pas mal d’enjeux financiers à tenir en compte et à respecter, ce n’est pas mon propre business, je ne peux certes pas dépasser le budget qui m’est alloué mais je ne vais pas y laisser ma boîte ou ma maison si le film ne marche pas..

J’essaye de m’adapter à chaque projet, d’être créative selon les budgets, les envies et les besoins. Ce sont les projets qui déterminent les techniques que je décide de creuser. J’ai réussi à créer des relations de confiance et souvent amicales avec les gens avec qui je travaille.

Je ne vais pas faire l’apologie du « rester positif quoiqu’il arrive et faire confiance » mais je dois avouer que je me  trouve chanceuse de faire ce que je fais."Vous plaisantez, Mr Tanner".

Et au quotidien ?

Les plateaux de cinéma sont loin d’être le pays des Bisounours ou aussi glamour qu’on le pense, même à mon poste (rire). On se lève souvent entre 4:30 et 5:30 du mat pour rentrer après 20h quand il n’y a pas trop d’heures sup, on oscille entre des heures de nuits et de jours, on travaille sur certains film les samedi sinon souvent les week-end pour préparer la semaine, on passe parfois de nombreuses heures en extérieur par tous les temps, que tu sois malade ou pas, que tu vives un deuil ou un drame personne ne sera là pour te remplacer et la journée de tournage DOIT avoir lieu quoiqu’il arrive; mais pour ma part, j’ai trouvé à chaque tournage ou presque ce qui me motive et continue à me garder éveillée…

Aussi, même si les salaires des techniciens du cinéma peuvent parfois paraître plus qu’enviables et alléchants, ce n’est pas un temps plein, loin de là. Il arrive parfois que plusieurs mois passent sans qu’1 film qu’on vous à promis et pour lequel on en a refusé d’autre se mettent sur pied et que financièrement on subissent ce « retard » avec de grosses grosses pertes.

Il n’en reste pas moins que le fait que les projets viennent à vous n’est pas un hasard. Je ne crois pas dire de bêtises en pensant que le téléphone sonne le plus souvent parce que vous avez été appréciée sur un film précédent et que celui ou celle qui vous a apprécié refile vos coordonnées à quelqu’un d’autre et ainsi de suite, pour moi il n’y a donc pas de miracle : Je sais que je travaille autant parce que jusqu’ici j’adore ce que je fais et que le jour où ce ne sera plus le cas mon téléphone sonnera moins (rire)

Tu gagnes bien ta vie ?

Pour parler argent, ça n’a évidemment pas toujours été rose et j’ai appris à savoir que la vie de tournage est certainement très similaire à celle d’un indépendant : il y a des hauts et des bas et il y a surtout intérêt à apprendre très vite à faire des petites réserves, même le jour ou les propositions abondent, il faut pouvoir gérer les films dans les temps, ceux-ci ne s’enchaînent pas toujours comme par enchantement et malheureusement dans la plupart des cas ils se chevauchent et on est obligé même fauché de refuser l’un ou l’autre.

Garder une stabilité de taf et de revenu qui permet de pouvoir payer un loyer n’est donc pas toujours évident, faut faire la petite souris…

Aujourd’hui je m’aperçois que les films auxquels je participe me ressemblent et me plaisent de plus en plus, que ce soit au niveau des acteurs dont je m’occupent, des réalisateurs que j’accompagne ou des sujets ou de l’énergie du film en lui-même, j’essaie d’appliquer tout ce que je t’ai raconté plus haut et de garder la banane quoiqu’il arrive, je sais le terme est ringard autant que la phrase d’ailleurs, mais c’est pourtant ce que je fais : quand j’ai un projet qui s’annule au dernier moment je me dis que c’est pas plus mal que je vais pouvoir me reposer ou qu’il laissera la place à un autre projet peut être encore meilleur, et la plupart du temps tu vas rire, c’est ce qui se passe.

Charlotte Le bon - YSL

Un conseil de pro pour nos lectrices ?

Un conseil de pro là, sur papier c’est pas évident, le maquillage c’est beaucoup une question d’équilibre entre ce qu’on est, nos atouts, les qualités qu’on met en avant et les petites choses à modifier pour les faire oublier donc c’est très personnel.

Mais pour te répondre je dirais préférer un produit cosmétique d’une bonne marque à 4 qui semblent idem mais qui ne donneront jamais le même résultat.

Mes astuces tu pourrais les retrouver dans beaucoup de magazine féminins ou tuto sur le net, de nombreux maquilleurs pro les expliquent en long et en large donc ce ne seront certainement pas des scoop mais…

L’équilibre principal d’un visage tient notamment aux sourcils que de nombreuse femme épilent ou se font épiler… beaucoup trop !

Tape un « avant après » sur le net en y ajoutant le noms d’actrices américaine célèbres par exemple et tu verras que pour la majorité d’entre elles leurs sourcils ont été retravaillés et sont devenus la plupart du temps plus épais au fil des années; ça ne veut pas dire qu’il faut faire le yéti et tout laisser pousser mais tenter de créer une courbe harmonieuse sans affiné trop la forme naturelle de nos sourcils est la plupart du temps une source de plus de caractère rendu au visage.

Sinon bien sur la fameuse règle du : « tu choisis, la bouche ou les yeux!  » une bouche soulignée d’un beau rouge à lèvres assumé sera souvent plus belle et le visage mis nettement plus en valeur si à côté de ça les yeux sont à peine soulignés par de mascara, d’une ombre légère ou floue, ou d’une simple ligne d’eye liner.

A l’inverse, si j’ai maquillé très fort les yeux, smokey ou autre, je favoriserais plus un baume à lèvres dans lequel je tirerais une pointe d’un rouge a lèvres.

Pour le teint, ce n’est pas un secret tous les maquilleurs pro le font, je ne mets jamais un fond de teint pur sur le visage, toujours une base hydratante en dessous dans laquelle je tire et je fond le fond de teint au doigt ou au pinceau. Je rajoute ensuite des touches de lumière (touche éclat dYSL un grand classique, ou d’autres qui conviennent aussi Dior Lancôme Mac mais qui sont  plus compliqués à choisir en terme de couleur pour quelqu’un qui n’est pas maquilleur) et puis une touche de blush « gras » qui peut tout aussi bien se faire avec un bon rouge a lèvres. Par dessus aux endroits qui brilleraient trop (pas partout !) j’applique au pinceau une poudre libre à l’effet magic de Laura Mercier la normale pour peau claire et la n1 pour peaux plus mattes.

Les marques que j’affectionne  : Laura Mercier (les camoufleur compact pour le teint qu’on peut utiliser pour cacher tout ce qu’on veut ou en transparence quand on l’étire  dans la crème, la petite poudre « secret brigtening » qui fait des miracles par dessus, leur rouge a lèvres aux couleurs qui donnent de l’éclat ), Chanel (tout est beau chez eux, des fond de teint aux fards à yeux, pas besoin d’être maquilleur pour réussir un maquillage des yeux avec des produits Chanel ) et YSL pour leur fameuse touche éclat. Ces produits sont scandaleusement  chers mais si vous les vider en 6 mois c’est que vous en mettez définitivement trop, donc 1 par çi un par la, valent mieux que 10 couleur d’un fard a yeux qui fera des tâches ou laissera d’office de jolies traces dans les cernes 1h plus tard..

Pour profiter des conseils de Michelle, n’hésitez pas à nous contacter par mail : lesagacantes@gmail.com

Pour en savoir plus sur Michelle VB : http://www.imdb.com/name/nm0885802/