Portrait de Coralie Miller, Metteuse en scène.
Tu es metteuse en scène des « Monologues du Vagin » édition 2017, comment t’est venue l’idée de monter cette pièce ?

En fait, au départ, c’est une  proposition qui m’a été faite. Marie Cécile Renauld, agent de l’auteure, qui a elle-même pendant longtemps produit la pièce en France (et qui la représente aujourd’hui à peu près partout dans le monde sauf sur le territoire américain), voulait la faire revenir sur scène, mais dans une nouvelle approche artistique. Elle suivait mon travail et savait que je souhaitais me tourner vers la mise en scène. Alors elle m’a proposé de prendre les Monologues, et d’en faire ce que je voulais. Elle m’a dit qu’elle aimait ma modernité, mon sens artistique et mon féminisme qui a toujours été très ancré. J’ai bien sûr immédiatement accepté parce que je connaissais bien cette pièce, que j’avais vue plusieurs fois dans sa version précédente, et qui m’avait beaucoup marquée. Ce qui m’a plu dans ce projet, c’est d’abord le propos du texte, la liberté qui s’en dégage et son engagement sans détour ; c’est aussi la qualité de l’écriture d’Eve Ensler, auteure américaine, qui sait particulièrement faire sonner les mots, travailler sur le rythme et la mélodie du phrasé, tout ce que j’aime… ; et c’est enfin la liberté que l’on m’a donnée. J’ai pu refaire toute l’adaptation française, que j’ai co-écrite avec Alexia Périmony, pour la dynamiser ; j’ai pu intégrer de nouveaux textes d’Eve Ensler qui n’avaient jamais été donnés en public, j’ai même transformé l’un de ces nouveaux textes en rap (c’est la première fois qu’elle autorise quelqu’un à faire autant de modifs dans son texte initial) ; et j’ai pu travailler une scénographie très poussée artistiquement. Bref, ce projet est devenu le mien à part entière, et j’ai vraiment la sensation de faire une création et pas une reprise. Pour être plus libre encore, j’ai choisi de produire moi-même la pièce, avec plusieurs partenaires (je suis associée avec mon père Gérard Miller et une amie Marie-Astrid Périmony dans la société de production Lumiria / et nous sommes en coproductions avec Little Bros production, dirigée par Gilles et Matthieu Petit).

En deux lignes, raconte-nous ce texte écrit par Eve Ensler.

 Ce texte donne à voir, à entendre et à vivre la féminité, toute la féminité. Avec ses exubérances, ses doutes, ses bonheurs, ses douleurs, ses révoltes. C’est une pièce engagée qui porte haut la parole et les droits des femmes. Et dont chacun ressortira avec un sentiment mêlé de plaisir et de gravité.

Bon, tu m’as dit deux lignes, mais j’en rajoute un peu, juste pour expliquer le principe de la pièce : elle a été écrite à partir de centaines d’interviews menées par Eve Ensler auprès de femmes d’horizons, d’âges, de cultures, de métiers tous très différents. De ces interviews, elle a tiré des monologues ; certains de ces textes sont des solos pris en main par une des comédiennes, d’autres donnent lieu à un jeu en trio.

« Les Monologues du vagin », c’est un texte très engagé, est-ce pour cette raison que tu l’as choisi ?

 Oui, dix fois oui. Je ne pouvais pas rêver meilleure pièce pour faire ma première mise en scène, parce qu’elle me parle vraiment, en tant que femme et en tant que citoyenne. Elle dit des choses très importantes, à la fois sur ce que c’est qu’être une femme, et sur les violences qui peuvent à travers le monde être infligées à toute personne qui porte un vagin… C’est aussi parce que ce féminisme là est un féminisme qui rassemble, qui ouvre la porte à toutes et à tous ; les hommes n’en sont pas exclus, au contraire, cette pièce est aussi là pour leur faire partager, et j’espère comprendre, notre être féminin. Je tiens à préciser que dans les nouveaux textes que j’ai intégrés, j’ai justement fait le choix de textes très engagés (sur des sujets très différents, des femmes battues aux trans-sexuelles, en passant par le port de la mini-jupe…) pour renforcer encore le propos de la pièce. Au final, j’ai plus axé sur l’engagement et l’émotion, que sur l’humour qui était plus présent dans la version initiale. Même si l’humour est toujours là bien sûr !

 Ce texte écrit en 1996 est toujours très actuel, quel message souhaites-tu faire passer à travers cette pièce ?

 Je ne dirais pas que je veux faire passer un message, dans le sens où je ne cherche pas à intellectualiser les choses. Je cherche à les faire ressentir. J’ai opté pour une mise en scène très esthétique, qui fait la part belle à la lumière (créée par Dominique Peurois) et à la musique, qui repose sur un décor et des costumes qui expriment eux-mêmes la féminité, ou plutôt les féminités. C’est par le ressenti du public que je veux leur faire vivre les féminités et les enjeux qui y sont liés. Mais si je devais parler de message, je dirais que cette pièce cherche à rappeler que le combat pour les droits des femmes, pour leur liberté d’être et d’agir, pour la liberté de leur corps, ne doit pas être considéré comme achevé. Non seulement il n’est pas achevé mais il est même aujourd’hui menacé dans un contexte de retour à certaines valeurs dites morales qui remettent en question des libertés chèrement acquises. En France et ailleurs…

Aujourd’hui, pour toi, être féministe, c’est quoi ?

  Tu fais bien de demander « pour moi », parce qu’il y a évidemment plein de formes de féminisme. Mon féminisme à moi est aussi combattif que rassembleur. Et il est très féminin, au sens littéral du terme. C’est ce qui m’a plu d’ailleurs dans cette pièce : elle parle du corps, elle rappelle que l’on peut assumer son corps, ses jambes, son plaisir, son désir…

Je suis régulièrement outrée par les pubs ou par les vêtements et les jouets pour enfants, qui mettent les filles et les femmes dans une position soit d’objet sexualisé, soit de princesse qui attend son prince charmant en souriant, là où les garçons sont dès l’enfance placés dans une position de mâle dominant (la poupée rose versus le super héros). Ça m’énerve profondément, et étant mère d’une petite fille, j’y suis confrontée régulièrement. Moi j’apprends à ma fille qu’elle peut avoir envie d’être jolie sans forcément y être réduite. Et qu’elle a le droit de jouer avec les voitures, les dinosaures et les super-héros. J’apprends en même à son grand frère qu’il a le droit d’adopter la position de virilité dans laquelle la société le place, mais qu’il peut aussi être sensible, artistique et coquet… Nous avons tous en nous une part de ce que l’on appelle le féminin et le masculin, et nous n’avons pas à être réduits à l’un ou l’autre.

Comment as-tu choisi tes actrices ? Quelles qualités devaient-elles avoir ?

Nous souhaitions, avec l’auteure, avoir trois femmes (c’est un pré-requis qui existait déjà dans la version précédente). Et dans la mesure du possible avoir trois âges, mais aussi une diversité physique et culturelle. Car c’est un texte sur la diversité des femmes, et c’est un texte résolument tourné vers l’international. J’ai donc trois comédiennes de trois générations différentes (la vingtaine, la quarantaine, la soixantaine), et parmi elles une femme métisse (elle est Française, d’origine juive-polonaise par sa mère, et d’origine africaine par son père- elle a d’ailleurs écrit un très beau livre à ce sujet Les Grandes et les petites choses chez Anne Carrière). Ça c’était notre idéal. Et va savoir, la magie du spectacle sans doute, nous avons trouvé ces trois femmes, au terme de nombreuses auditions, qui non seulement avaient tous les pré-requis mais surtout, puisque c’est bien sûr l’essentiel, avaient le talent qui rayonnait. Je souhaitait aussi un trio qui fonctionne naturellement, que quelque chose se passe entre elles trois, et ça, ce fut une évidence à leurs auditions. Pour la petite histoire, nous avions d’abord fait passer des auditions en solo, puis nous avions fait un deuxième tour en composant des trios avec celles qui avaient le plus retenu notre attention. Nous n’envisagions par forcément de prendre le trio en entier, mais un des trios que nous avions composé s’est révélé à la première seconde être le bon. Il y avait immédiatement, alors même que les comédiennes ne se connaissaient pas, une osmose entre elles. Comme une évidence qu’elles devaient jouer ensemble. Et c’est elles qui sont aujourd’hui sur scène.

A quel moment as-tu eu envie de devenir metteuse en scène ? Et comment as-tu fait ?

 J’étais auteure (je le suis toujours), et il y a deux ans, j’ai eu envie d’élargir mon horizon. Même si écrire est une passion qui me suit depuis mon enfance, je ne voulais pas me cantonner à l’écriture, je voulais expérimenter d’autres formes d’expression artistique. La mise en scène est donc venue naturellement. Et comment j’ai fait, donc… grâce à Marie Cécile, que je ne remercierai jamais assez pour la confiance qu’elle m’a donnée.

Quel est ton parcours professionnel ?

 Il est assez fourni. Je travaille depuis un peu plus de 10 ans. J’ai commencé en tant que journaliste après des études de sociologie politique (Master de recherches obtenu à l’Ecole doctorale de Sciences Po Paris), mais très vite ma passion pour le spectacle m’a démangée. Je n’étais pas à ma place dans le journalisme. Alors j’ai fait un premier virage, et je suis entrée dans une société de production de spectacle (je les ai convaincus de me prendre en stage, finalement j’ai été engagée et j’y ai travaillé pendant près de 5 ans) : Juste pour rire ; j’y étais à la fois chargée de production, adjointe du directeur du festival Juste pour rire de Nantes (cousin du grand festival de Montréal) et responsable comm de ce festival. Une fois que je me suis sentie prête, j’ai quitté mon travail pour écrire. Ça me démangeait trop, alors j’ai sauté le pas. J’ai tout plaqué, avec la peur au ventre mais la certitude que je prenais la décision de ma vie. Je suis d’abord devenue auteure à la commande de livres psycho-pratiques chez les éditions Marabout (j’ai passé toutes les étapes, de seconde plume qui écrit sous pseudo à auteure en nom propre), puis auteure de documentaires (ce que je fais toujours beaucoup, j’adore les documentaires qui me permettent de garder un pied dans le réel et de découvrir des sujets très variés). J’ai fait quelques passages dans la fiction, mais rien de très abouti, j’ai un peu de mal avec le formatage télévisuel. J’ai réalisé mon premier documentaire, diffusé en février dernier sur France 3 île de France et Toute l’histoire (Français juifs, Les enfants de Marianne). Et je suis auteure de théâtre. Ma première pièce Le Journal de ma fille sera créée en 2018, mise en scène par Jean-Luc Moreau, avec Anne Jacquemin et Philippe Caroit. 2017 est pour moi une année particulière, où mes rêves se réalisent les uns après les autres, et où les années passées à travailler très dur pour faire ma place commencent à payer. C’est une sensation étrange, et évidemment savoureuse.

Quel conseil pourrais-tu donner à nos lectrices qui aimeraient faire ce métier ?

Je vais dire quelque chose d’assez bateau, mais il ne faut rien lâcher, et croire en soi. Je crois être vraiment un bon exemple de ça. Alors pour être honnête, j’ai à la base un bon réseau, amical, familial et professionnel, donc inévitablement ça m’a aidée à ce qu’on me prenne au téléphone ou qu’on accepte plus facilement de me mettre à l’essai. Mais cela ne m’a pas empêchée de rater des choses. Ce qui signifie bien que si j’en ai réussies d’autres, c’est surtout à la force de ma ténacité, et j’ose espérer de mes capacités. Les producteurs, éditeurs, réalisateurs etc. ont toujours besoin de nouveaux talents, il y a donc des places à prendre, il ne faut jamais croire qu’il n’y a plus d’espace. Il y en a toujours. Et quand on est bon, on se fait remarquer. Mais attention, le talent ne fait pas tout : il faut se battre encore et encore. Multiplier les contacts, relancer les gens, insister pour être mis-e à l’essai, camper devant un bureau pour faire lire son texte, faire des RP (je déteste ça, mais quand il faut, il faut)… et monter ses propres projets. Aujourd’hui, il y a beaucoup de biais qui permettent de monter les choses par ses propre moyens. Ne pas attendre, être toujours acteur/actrice de sa vie, et de sa création.

Peux-tu nous donner les prochaines dates de représentations à Paris et ailleurs ?


 

On aimerait avoir 2 tuyaux : 1 tuyau « bien-être » et 1 tuyau « gestion du quotidien ».

 Tuyau bien-être : le matin, je me passe un glaçon sur le visage avant de me maquiller, pour me donner la pêche et avoir une jolie peau. Sinon j’avoue que je ne fais pas grand chose… Mais je vous renvoie à un livre que j’ai co-écrit avec Rebecca Leffler, Green, Glam et Gourmande (éditions Marabout), livre de recettes vegan et de conseils lifestyle pour être bien dans son corps toute l’année (je suis la plume, les idées viennent de Rebecca, grande spécialiste du bien-être). 

Tuyau gestion du quotidien : avoir un homme sur qui compter, un vrai partenaire avec qui partager la gestion de la maison et des enfants (pas un de ces mecs qui dit nonchalamment « comment je peux t’aider ? », mais qui prend sa part naturellement) !!! S’il ne le fait pas de lui-même, organiser la répartition des tâches et s’y tenir sans jamais dévier. Ce n’est sans doute pas toujours facile, les mauvaises habitudes ont la vie dure, mais je crois dur comme fer que si l’on assume sa position de femme, mère, travailleuse active sans culpabiliser – tant vis-à-vis de son homme que de ses clients (je n’ai plus de patron depuis longtemps donc je ne peux pas donner de conseil de ce côté-là), ils finissent pas l’intégrer. A part ça, il ne faut jamais culpabiliser de ne pas tout réussir : si le linge est resté dans la machine, tant pis, on la fera tourner à nouveau / si on n’a pas eu le temps de faire un repas maison, les pâtes peuvent être bonnes pour la santé de temps en temps / si le petit se couche 1/2h plus tard, il se couchera plus tôt le lendemain / et si on a passé une semaine à travailler non-stop et donc à moins voir ses enfants, on leur explique, on leur dit combien travailler nous fait du bien et nous est nécessaire, on leur raconte nos journées, pour qu’ils se sentent intégrer dans ce quotidien qui parfois ne leur donne pas beaucoup de place…

Pour finir,  tu es venue sur une de nos braderies chics, tu as trouvé des choses ?

 Oui ! Je suis venue en mars et j’ai trouvé quelques précieux accessoires qui sont désormais sur mon plateau, soit en éléments de décor soit en accessoires utilisés par les comédiennes (paire de talons, robe, faux vison). A 5 ou 10 euros l’objet, ça a fait plaisir au budget. 😉

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